21 - 24 JUNE 2021 / EDITION N°32

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Sunny Side of the Doc
22
Oct

Les archives : une ressource précieuse pour le doc

Dans le cadre du focus Histoire et des ateliers Archives dirigés par Elizabeth Klinck pour l’Edition Connectée de Sunny Side of the Doc 2020, revenons sur les nombreux (et bons) usages des archives dans la production documentaire.


La crise sanitaire a stoppé net le planning des tournages partout dans le monde au printemps 2020. Malgré un assouplissement des mesures restrictives mises en place partout dans le monde, filmer le réel s’avère complexe.

Il convient donc d’être flexible et de trouver des biais pour contourner ces contraintes. Et l’utilisation d’archives en est un. Réflexions autour d’une méthode agile, efficace et privilégiant le « circuit court », menés dans le cadre des Ateliers Archives dirigés par Elizabeth Klinck lors de l’Edition Connectée de Sunny Side of the Doc en juin 2020.


Le cinéma de patrimoine : dépoussiérer au nom de l’innovation

En octobre 2020, dans le cadre de Lumière MIFC, le Marché International du Film Classique de Lyon (France), une journée d’étude était consacrée à la place du cinéma de patrimoine au sein de l’Union européenne ainsi qu’aux enjeux de culture et d’innovation qui lui étaient intrinsèquement liés.

Dans un article du Film Français daté du 16 octobre, on pouvait lire que « En vue du programme européen Horizon-Innovation pour la période 2021-2027 (programme cadre dédié à la recherche et l’innovation) en cours de finalisation devant les différentes instances européennes, Silvia Maria Gatta, représentante de la Commission européenne au sein de la DG Connect, a expliqué que le patrimoine et sa numérisation trouveront leur place. L’idée étant de construire des ponts entre la culture et l’économie, en s’appuyant sur l’utilisation d‘outils numériques pour promouvoir la culture.

Pour la responsable, il faut « vendre » le patrimoine au niveau européen comme un mélange de culture, d’histoire européenne, d’innovation, de résilience et de renforcement économique du secteur dans le cadre du programme Horizon-Innovation qui est « une opportunité essentielle à ne pas laisser passer ». »


Une démarche collective

Andrew Bird – Monteur

Si la notion de co-production peut prendre tout son sens, c’est bien dans la recherche de ressources d’archives (photos, images filmées, audio, etc.). S’appuyant sur l’exemple du documentaire « Berlin 1945 : Diary of a Metropolis », Andrew Bird – l’un des monteurs les plus influents de la production documentaire internationale – rappelle que « c’est grâce aux contributions de nombreux chercheurs dans plusieurs pays comme la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou la Russie, que nous sommes parvenus à collecter cette somme incroyable d’images d’archives dont la quasi-totalité était inédite ».

En mélangeant séquences de journaux télévisés, vidéos de propagande mais également photos et même copies de journaux intimes, le documentaire parvient à rendre une histoire cohérente et incroyablement universelle, paradoxalement grâce à cette diversité d’approche.

Kate Beal – Woodcut Media

Pour la série « The Secret History of WW2 » produite par WoodCut Media en collaboration avec Channel 5 et Histoire TV, c’est également la diversité des sources qui a entraîné la richesse du traitement. « Nous avons eu beaucoup de difficultés à retrouver des archives sur des soldats africains tant pour des questions de réticence que par leur rareté », rappelle Kate Beal, CEO de WoodCut.

« Il nous semblait inconcevable de ne pas traiter de cet aspect du conflit mondial et je suis ravie que nos recherches aient porté leurs fruits… et permis de collecter de telles images. »


Un acte de mémoire au service du storytelling

 

Berlin 1945 : Diary of a metropolis

Au-delà de la production documentaire, la recension de supports d’archives participe d’une volonté de sanctuariser le patrimoine historique et culturel. « Nous avons développé un catalogue très précis des ressources mises à notre disposition », explique Andrew Bird. « Certains films d’archives étaient filmés en 16:9, d’autres en 4:3 mais nous avons souhaité conserver l’intégrité de ces différents formats car ils ont, par eux-mêmes, une histoire à nous raconter.

Nous avons ensuite tout scanné en 4K et établi pour chaque archive un système de tags nous permettant une plus grande facilité de recherche pour le documentaire que nous réalisions… mais aussi dans une perspective plus lointaine de création d’une base, d’une bibliothèque d’archives. » Comme le soulignent producteurs, monteurs et diffuseurs, la gestion des droits est un passage obligé pour l’utilisation d’archives. « L’achat d’archives pour  ‘Berlin 1945’ s’est révélé un peu cher mais finalement, assez facile à organiser », explique Andrew Bird, « même si il nous est arrivé de devoir changer une séquence au dernier moment car nous avions des difficultés à obtenir les droits en temps et en heure. »

Tom Jennings – Réalisateur – 1895 Films

Pour Tom Jennings, l’archive peut s’avérer autant un extrait vidéo qu’une photographie voire même une planche contact. « Lorsqu’on veut raconter une histoire, on a tous en mémoire une photo iconique mais il faut se rappeler que celle-ci fait partie d’une longue série dans laquelle, parfois, en y regardant bien, peut se trouver une autre ‘pépite’ qui, sous un autre angle, à quelques minutes près, raconte d’une autre façon l’histoire ». Et pour l’audience, le souvenir lié à la photo mythique est conforté par cette « nouvelle » image.

Même chose avec les enregistrements audio, qu’il s’agisse d’enregistrements privés ou d’archives radio. « On oublie trop souvent le support audio mais il offre une plus grande liberté narrative à ceux qui savent s’en servir », rappelle le producteur de « Challenger Disaster : Lost Tapes ».

En outre, comme le rappelle à point nommé Elizabeth Klinck, productrice spécialisée dans les images d’archives et spécialiste des droits d’auteur, « l’audio et les photos sont souvent moins chers en termes d’achat et de gestion des droits. »


N&B ou couleur : quand l’image touche le jeune public

Vivek Rao – CEO – West Wing Studios

Parler aux plus jeunes, interpeler les consciences dans un monde régi par les Fake news passent également par l’archive. Beaucoup d’archives sont désormais colorisées – entraînant des réactions diverses sur la notion de préservation et/ou de dénaturation. Pour le laboratoire nord-américain West Wings Studios, l’histoire n’est « ni noir ni blanc mais en couleur ».

Au-delà de la formule, le credo de Vivek Rao et Stanton Rutledge – dont l’activité de colorisation touche à 50% au documentaire – est que l’impact d’une image historique colorisée sera plus important lorsque l’audience est plus jeune et a toujours vu l’image audiovisuelle en couleur. « Elle aura forcément plus de résonance et fera davantage écho à notre actualité ».


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