22 - 25 JUNE 2020 / CONNECTED EDITION

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Sunny Side of the Doc
27
Mai

COMMUNITY VOICES – Épisode 7 avec Aurélie Clemente-Ruiz, Institut du Monde Arabe

Nous traversons sans doute une période de changement sans précédent, mais dans l’incertitude réside aussi le pouvoir de défendre ce qui nous lie, le genre documentaire. Ce n’est pas le moment de se décourager mais d’agir et d’interagir !

Pouvez-vous présenter et faire une rapide introduction sur votre activité et celle de la société que vous représentez ?

Aurélie Clemente-Ruiz, Directrice du département des expositions de l’Institut du Monde Arabe, Paris

Je m’appelle Aurélie Clemente-Ruiz et je suis directrice du département des expositions à L’Institut du Monde Arabe à Paris. A ce titre, je suis en charge de toute la programmation des expositions tant physiques que digitales. L’IMA est un institut culturel dont la vocation est l’établissement de liens forts et durables entre les cultures pour ainsi cultiver un véritable dialogue entre le monde arabe, la France et l’Europe. Inauguré en 1987, sa fréquentation, en 2019, a atteint 750.000 visiteurs.


Les opérateurs culturels et, notamment, les musées font actuellement face à une période très perturbée liée à la pandémie de Covid-19 qui affectent l’ensemble des activités de production dans le monde entier. Quels sont les impacts sur votre stratégie digitale ?

Il est évident que toute notre programmation a été reportée sine die et ce, d’autant que nous travaillons beaucoup à l’international. Il est difficile de nous projeter dans les prochains mois car la venue d’experts et d’artistes internationaux est conditionnée par les restrictions de transport.

Sur le versant numérique, l’Institut du monde arabe, en lien avec l’opération « Culture chez nous » du ministère de la Culture, a choisi dès le début du confinement de se « virtualiser » en mettant en place #LImaALaMaison, une programmation spéciale sur notre site et les réseaux sociaux. Il s’agit d’une programmation de contenus en ligne, soit choisis dans notre offre déjà disponible, soit produits pour l’occasion : captations de concerts, spectacles de danse et de musique, conférences, ateliers… A ces contenus vidéos et/ou audio, nous avons également ajouté des guides de visite d’expositions comme celle sur le pèlerinage de la Mecque, en écho au début du Ramadan. Dans les conditions actuelles, il nous semblait naturel d’offrir cela à nos visiteurs.


Quels moyens explorez-vous pour maintenir autant que possible la production d’œuvres numériques durant cette crise sans précédent ?

Nous avons mobilisé notre écosystème pour transformer en contenus en ligne des événements qui devaient à l’origine avoir lieu à l’IMA, et créer des contenus en lien direct avec la situation. Nous nous sommes ainsi associés à Sciences Po Menton pour diffuser une conférence de Gilles Kepel, inédite et en direct, intitulée « Covid-19, pétrole : sortir de la crise en Méditerranée et au Moyen-Orient ». En outre les artistes – danseurs, musiciens, etc. – qui devaient également se produire à l’Institut, notamment dans le cadre du Printemps de la danse, ont, dans leur grande majorité, accepter de réaliser des performances depuis leur domicile. Nous avons ainsi pu proposer des concerts et des spectacles inédits et, ainsi, maintenir et fidéliser notre public.

Chaque semaine, l’IMA propose une soirée « Arabic Sound System »… que nous avons proposée avec des sets de DJs, mais en ligne !


De quelles façons vos stratégies internationales de valorisation de vos collections, sites patrimoniaux et œuvres numériques ont-elles évolué au regard de la situation actuelle ?

Au-delà des expériences immersives que nous proposons avec certaines de nos expositions, je crois que cette crise nous a permis – via l’offre digitale que je détaillais plus tôt – de toucher d’autres publics. Ce qui nous a incité à réfléchir à la production de contenus différents mais complémentaires de ce que peut proposer l’IMA in situ.

Nous travaillons d’ailleurs en ce moment avec la société ICONEM pour créer une visite virtuelle de la mosquée de Damas, l’une des plus anciennes au monde. Cette visite virtuelle, qu’on pourra découvrir depuis chez soi, est un projet que nous n’aurions peut-être pas conçu sans cette crise sanitaire et ses conséquences.

Plus largement, nous allons penser différemment nos projets d’exposition en intégrant de façon plus naturelle cette dimension digitale.

La crise du Covid-19 a également des conséquences évidentes sur l’utilisation de casques (audio ou VR) dans les prochains mois. Quelles réponses apporter à ces restrictions de diffusion et de médiation ?

C’est évidemment une question que nous nous posons et nous ne devons pas être les seuls d’ailleurs. On sait qu’aujourd’hui, le digital passe par la manipulation d’outils, dont les casques que vous évoquez. Tout est remis en cause en l’état. Nous réfléchissons donc avec nos scénographes à des moyens de ne pas perdre le contenu déjà créé, ne pas dévaloriser l’expérience mise en place… tout en changeant notre manière de procéder. Ce n’est pas simple. Ce sera notamment un défi pour l’exposition « Divas arabes », qui ouvrira début 2021 à l’IMA et qui contient de nombreuses sources audiovisuelles.


Des projets immersifs pour 2020 ?

Avec la situation, je ne m’avancerai pas sur 2020. Par contre, en 2021/2022, il est clair que nous allons nous appuyer sur le digital pour traiter des sujets qui nous tiennent à cœur, même si nous ne disposons pas forcément d’éléments physiques suffisants pour une exposition à présenter. Certains seront temporaires, d’autres plus pérennes.

Je ne citerai qu’un exemple : nous réfléchissons à une exposition consacrée au patrimoine architectural assez incroyable du Yémen. L’objectif sera de proposer une offre hybride alliant artefacts et expérience numérique.

A plus long terme, la question de créer un lieu pérenne pour permettre de montrer et d’aborder des sujets au travers des technologies immersives se pose. Que l’exposition physique trouve un écho digital. Une réflexion au long cours…

ÉCHANGEZ AVEC AURÉLIE CLEMENTE-RUIZ PENDANT L’ÉDITION CONNECTÉE

Rendez-vous en ligne jeudi 25 juin à 11h30 (CET) dans l’Agora pour le panel « Models for Operating and Distributing Digital Experiences for Culture ».

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