EDITORIAL

Pourquoi Sofia ?

 

Après New-York, Toronto, Washington, Montréal et Londres l'an passé, c'est à Sofia, en Bulgarie, que nous organisons du 11 au 14 mars le 6ème Rendez-Vous de Coproduction. Il s'agit de favoriser les contacts entre Producteurs et Diffuseurs autour de projets sélectionnés pour leur potentiel international. Mais pourquoi Sofia ? Pourquoi la Bulgarie, peu connue pour la prolixité de sa production audiovisuelle et documentaire ?
D'abord parce que nous travaillons avec nos amis bulgares, en particulier le Festival de Sofia qui se tient à la même période et qui attire nombre de talents d'Europe de l'Est.
Ensuite parce que nous avons, en juin dernier à La Rochelle, primé un film formidable : "The Mosquito Problem" d'Andrey Paounov, produit par Agit Prop, société bulgare, avec ITVS, FilmTank Hambourg, en association avec ZDF-ARTE, YLE Teema, et le soutien de Media Plus et du National Film Center Bulgaria...
Excusez du peu ! Nous revenons sur ce bel exemple dans l'interview de la productrice du film, Martichka Bozhilova... Enfin, parce que nous trouvons dans les Pays de l'Est des projets originaux, de nouveaux talents, un désir et une volonté de surmonter les obstacles pour faire entendre des histoires fortes, avec humour et une qualité technique héritée de la tradition des écoles de cinéma.
Ce Rendez-Vous, et les rencontres qu'il va permettre, est une première. C'est notre rôle à Sunny Side d'être attentifs aux évolutions et aux nouveautés ; nous voulons que les Diffuseurs et les Producteurs de l'Ouest découvrent sur place ce que nous voyons émerger depuis quelques années. Un Vent d'Est souffle sur le documentaire.
Nous espérons que des collaborations fructueuses naîtront à Sofia, que des coproductions verront le jour. Les Diffuseurs viennent de toute l'Europe : ARTE, France Télévisions, ZDF-Arte, MDR, NDR, ProSieben, History Channel, Channel4, BBC, YLE… et bien sûr des pays de l'Est, pour échanger les projets qu'ils soutiennent et en trouver de nouveau. Nous accueillerons même une délégation brésilienne !
La grande nouveauté de ce 6ème Rendez-Vous, c'est son caractère européen; auparavant, nous organisions des événements bilatéraux (France/UK l'an dernier à Londres), maintenant, nous ouvrons l'évènement pour qu'il devienne utile à tous les européens porteurs de projets internationaux.
La crise est bien là, elle nous inquiète et désorganise le marché. Mais nous devons nous serrer les coudes, aller de l'avant, favoriser les échanges. Lorsqu'il y a moins d'argent dans chaque pays, il est nécessaire et intelligent de mettre les moyens en commun, de coproduire. L'Europe se construira aussi comme ça.
Pour toutes ces raisons, le Rendez-Vous de Sofia sera une opportunité pour les documentaristes de se rassembler par-delà les frontières et de reprendre espoir. Croyez-moi, la qualité des projets sélectionnés mérite et le voyage et toute votre attention !

  sofia

DOSSIER
Un vent nouveau venu de l’Est !

Cristina Hoffman consultante Sunny Side : "L'ouest a un rôle de tuteur à jouer !"

The Mosquito Problem
& autres success stories

Patrick Sandrin, producteur, ambassadeur de la "nouvelle vague" bulgare

Adieu Camarade,
pitch d’ouverture à Sofia

Yves Jeanneau
   
   
DOSSIER
Un vent nouveau venu de l’Est !

Les documentaires des pays de l'Est sont en route vers le 7ème art ! Pour s'en convaincre, il suffit de voir le palmarès éloquent de chacun des films que produit la société bulgare Agit Prop, dont nous avons interviewé la productrice Martichka Bozhilova. Depuis "The Mosquito problem and other stories" d'Andrey Paounov sorti en 2007 et qui a remporté une multitude de Prix parmi lesquels La Semaine de la critique au festival international du film de Cannes ou le Grand Prix 2008 du Sunny Side of the doc.
En fait, un tel succès n’est pas le fruit du hasard. Depuis plus de quatre ans, les pays de l'Est se sont organisés pour dénicher de nouveaux documentaristes talentueux. Chaque année par exemple, une association The Institute of Documentary Film (IDF) basée à Pragues permet à de nombreux réalisateurs de montrer leur travail en cours d'élaboration selon le principe désormais rodé du speed dating ou pitch. Les documentaristes peuvent ainsi convaincre des producteurs de les suivre dans la suite de leur aventure. Et, des aventures singulières il y en a souvent au sein de Docu Talents. C'est même une véritable nouvelle vague qui se fait jour au sein de l’ancien bloc soviétique après la chape de plomb du collectivisme.
Comme le dit Hanka Rezkova d'IDF : « les films qui rencontrent un succès à l'heure actuelle ne sont pas le résultat d'une sorte de compromis des goûts européens. ils sont souvent des histoires fortes racontées avec un style cinématographique très affirmé ». Le Rendez-vous de Sofia organisé par le Sunny Side sera une autre occasion de se rendre compte de la qualité des documentaristes venus de l’Est...
 
   

Cristina Hoffman, consultante Sunny Side pour les Pays de l’Est

"L'Ouest a un rôle de tuteur à jouer !"

   

Où en est la production de documentaires dans les pays de l'Est vingt ans après la chute du Mur ?

« Nous sommes bien obligés de reconnaître que la situation ne s’est pas améliorée, loin de là. Il y avait dans lebloc de l’Est une vraie production de documentaires par des studios d’Etat, planifiée, on produisait un certain nombre de documentaires par an, notamment en Hongrie et Tchécoslovaquie.

Aujourd’hui, le documentaire n’existe plus que par le biais d’une sorte de marché parallèle, de système de la débrouille. Le produit n’a que peu d’opportunités de placement sur les chaînes de télévision face à la folie de la télé-réalité, des talk-shows et des séries américaines, et on ne passe plus non plus de documentaire ou de court-métrage dans les salles de cinéma, comme c’était systématiquement le cas auparavant en Roumanie, par exemple. »

Y a-t-il un risque de voir le «vrai» documentaire disparaître dans ces pays ?

« On peut le craindre car de moins en moins de gens travaillent dans les règles de l’art, quatre ou cinq par pays tout au plus.

  C’est là que l’Ouest avec son expertise a un rôle à jouer, un rôle de tuteur : il nous appartient, surtout en cette période de crise où le marché se voit désorganisé, de sortir les créateurs de l’Est de leur tannière et de leur apprendre non seulement à monter des documentaires dans la noblesse de l’art, mais également à cofinancer leurs projets en s’ouvrant à l’international. C’est le sens de l’organisation à Sofia du 6e Rendez-vous de la Coproduction. C’est aussi le sens de ce que fait Arte en réunissant durant cinq semaines des réalisateurs et des producteurs issus de ces pays lors de ARISTOTELES WORKSHOP en Roumanie qui se déroulera du 3.08 au 3.09.2009.

Du fait du coût peu élevé d’un documentaire au regard d’une fiction, les candidats à la réalisation parviennent en effet bon an mal an à boucler leur budget, avec d’un côté le soutien des centres nationaux de cinéma et de l’autre des fonds privés, mais il y a un effet pervers à cela. Parce qu’ils arrivent tant bien que mal à joindre les deux bouts, ces nouveaux talents ont tendance à rester chez eux alors qu’il est plus que jamais pertinent de mettre les moyens en commun. Le succès du film The Mosquito Problem d’Andrey Paounov est venu le démontrer.»
 
   

Martichka Bozhilova (Agit Prop)

The Mosquito Problem... une success story artistique

   

La force du film documentaire "The Mosquito Problem and other stories" est son esthétique très cinématographique. A plusieurs moments dans le film, le spectateur a le sentiment d’être dans une fiction où les héros à l’écran jouent leur propre rôle dans la vie ? Comment avez-vous obtenu un tel résultat ?

Nous jouons effectivement avec les frontières des genres fiction et documentaire, avec des personnages et des évènements qui nous plongent dans la dramaturgie et l’esthétique de la fiction. Comme un fait exprès, c’est un compliment que l’on nous a souvent fait concernant « Mosquito Problem », comme quoi c’était un documentaire qui ressemblait à une fiction. Tous les films d’AGITPROP sont en fait connus pour ce curieux mélange des genres appelé "the kitchen of the Bulgarian non-fiction" (qu’on pourrait traduire par les coulisses du réalisme bulgare). Nous jouons effectivement avec les frontières des genres fiction et documentaire, avec des personnages et des évènements qui nous plongent dans la dramaturgie et l’esthétique de la fiction  
L’un des personnages haut en couleurs de "The Mosquito Problem and other stories"
 

Concernant les aspects techniques, la photographie particulièrement est magnifique. Avez-vous filmé d’une certaine manière avec une caméra vidéo ou une caméra film ?

Ce film a été tourné avec une caméra Super 16 avec le merveilleux duo cinématographique Boris Missirkov et Georgi Bogdanov, qui travaillèrent conjointement avec le réalisateur Andrey Paounov sur ce documentaire. Ils ont aussi dirigé la photographie d’un précédent film « Georgi and the Butterflies ».

Avez-vous eu des difficultés à trouver de l’argent pour produire ce film ? Est-ce aujourd’hui plus facile qu’il y a quelques années de trouver un producteur bulgare ou étranger ?

Cela a toujours été difficile de réunir de l’argent pour réaliser un film documentaire de grande qualité et ayant une ambition artistique. « The Mosquito Problem and other stories » est une vaste co-production internationale qui inclut la Bulgarie, l’Allemagne, les USA et associe des télévisions partenaires en Grande Bretagne, aux Pays-Bas et en Finlande. Le processus de financement nous a pris près de trois ans et à la fin nous avons dû livrer plusieurs versions différentes. Mais, produire à l’international est devenu plus accessible en Bulgarie, même s’il y a aussi plus de concurrence entre producteurs bulgares aujourd’hui.

 

N’avez-vous pas été surpris tout de même de l’accueil international de « The Mosquito Problem... », car c’est une histoire très particulière que celle de ce village perdu ? Pensez-vous qu’il y a quelque chose de commun à la condition humaine dans ce film ?

Ce documentaire a eu la chance d’être accueilli avec une grande attention par les spécialistes, car il venait après le succès de la même équipe de réalisateurs qui avaient travaillé sur le précédent film « Georgi and the Butterflies ». Mais, il faut avouer qu’au premier abord le sujet de « Mosquito Problem... » pouvait paraître particulièrement peu vendeur. Heureusement, toutes ses récompenses prestigieuses et son retentissement international ont prouvé la grande valeur artistique et le sens universel de ce film.

En dépit d’un sujet à priori peu vendeur The Mosquito Problem a séduit un public international grâce à sa qualité artistique
 
   
La "nouvelle vague" bulgare à Sofia !
   

Patrick Sandrin, producteur, créateur de la société Sofilm et de la fondation La Classe Libre se fait l’ambassadeur de La nouvelle vague Bulgare.

 

En parallèle de son activité de producteur éxécutif avec sa société Sofilm, Patrick Sandrin a ouvert depuis 2005 La Classe Libre, programme de « colloques interactifs Paris/Sofia »
Patrick Sandrin
 

« J’ai toujours produit ce que j’avais envie de produire. Je produis avant tout par goût de l’aventure et de l’esthétique. » Une ligne directrice qui a conduit Patrick Sandrin à s’engager aux côtés de cinéastes atypiques tels Alain Fleischer, Werner Herzog ou encore Nikita Mikhalkov, pour lequel il a apporté et développé l’idée d’Urga, qui a reçu le Lion d’or à Venise en 1991.

Au cours de cette même période, le producteur français, membre de diverses commissions pour le CNC dont le fonds ECO d’aide au cinéma des ex-pays de l’Est, est amené à se rendre en Bulgarie pour travailler à la réécriture et au développement du projet d’un jeune réalisateur local. « Ce pays m’a beaucoup touché, ses paysages, son histoire, les qualités de ces habitants qui leur permettaient de survivre dignement au marasme qui suivit la chute du Mur, explique Patrick Sandrin.Ils avaient essentiellement besoin de travailler et je pouvais les y aider. »

Patrick Sandrin commence par coproduire quatre films et un documentaire pour Arte et Canal Plus.Mais, surtout, la Bulgarie se présente très vite comme la terre de tous les possibles en permet-

 

-tant au remake du film de Bunuel Elle,de la Chilienne Valéria Sarmiento, de voir le jour, alors que Patrick Sandrin avait toutes les peines du monde à réunir le financement d’un tournage français ou sud-américain.

Aussi le producteur français va-t-il y créer en 1995 sa propre société de production exécutive, Sofilm. Un réservoir d’acteurs de qualité, une figuration au barême syndical très bas, des lieux de tournage accessibles, la possibilité de construire des décors à des coûts défiant toute concurrence, le tout associé à une production et une régie d’exigence française : la Bulgarie et Sofilm ont certes de quoi séduire. De fait, Patrick Sandrin est rapidement sollicité par l’Ouest. Il devient du même coup « une sorte d’ambassadeur » de la Bulgarie mais ne veut en aucun cas que Sofilm devienne une « ONG ». Pour lui, il est impératif de « sortir les créateurs bulgares des arcanes clientélistes de la production de leur pays ».

En 2005, Patrick Sandrin décide donc d’ouvrir une fenêtre sur le monde en créant avec le critique Charles Tesson, ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, La Classe Libre, programme de «colloques interactifs Paris/Sofia»

  visant à montrer aux créateurs bulgares « ce qu’on peut faire avec le cinéma ». Des rendez-vous désormais très prisés, « prétextes aux croisements des idées et des matières, des styles et des pratiques », expose Patrick Sandrin. On y parle esthétique mais aussi critique, donc politique et éthique.

Jusqu’à lors, c’était plutôt le cinéma d’ailleurs qui se déplaçait à Sofia. Mais pour cette quatorzième édition, c’est la « nouvelle vague » du cinéma documentaire bulgare qui se présentera aux participants du Sunny Side le 14 mars. Patrick Sandrin en est convaincu : « L’ouverture de la Bulgarie au sens le plus large du terme, économique, politique, culturel, va sans doute accélérer encore ce processus d’émergence de nouveaux talents issus du génie national. Avec la révolution numérique, une nouvelle donne est en train de bouleverser les pratiques des créateurs, et leurs champs d’expérimentation. »

 

 
   

ACTUALITE

6ème Rendez-Vous de Coproduction à Sofia du 11 au 14 Mars 2009

Adieu Camarade : un nouveau chantier s’ouvre à l’Est !

   
Un pitch du projet d’Arte « Adieu Camarade », une série de six documentaires de 52’ retraçant l’histoire du bloc soviétique, sera présenté aux Rendez-Vous de Sofia organisés par le Sunny Side of the doc.

«Le lieu était tout indiqué pour valoriser cette démarche unique dans le fonctionnement d’Arte, explique Pierrette Ominetti, directrice de l’Unité documentaires de création de la chaîne. En effet, ce projet, très ambitieux, né d’une proposition d’Artline Films, s’est imposé immédiatement comme un projet de groupe : les trois instances d’Arte – Allemagne, France et centrale de Strasbourg – vont y travailler en partenariat,

 

quand, habituellement, chacune apporte ses propres programmes.»

Le Rendez-vous de Sofia est également une opportunité de trouver de la « main d’oeuvre » pour ce « gros chantier (18 mois au minimum), qui, c’est clair, doit s’ouvrir aux pays del’Est, poursuit Pierrette Ominetti. Nous allons avoir besoin d’identifier des témoins, y compris de la rue, de recenser des archives, de nous attacher les services d’équipes de tournage ; et nous sommes également à la recherche d’un auteur et d’un réalisateur issus de l’ex-bloc soviétique. Il va nous falloir mettre en place des partenariats, c’est l’évidence.»

  Si la direction des relations internatonales d’Arte mène depuis plusieurs années un travail de fond avec certains pays de l’Est, la Roumanie notamment, l’Unité documentaires de création de la chaîne n’a pas de stratégie, ni de plan cadre au regard de cette partie de l’Europe - elle reçoit d’ailleurs majoritairement des propositions issues de producteurs français quand il s’agit de travailler avec les pays de l’Est -, mais elle a déjà travaillé avec des gens tels que Lech Kowalski ou Sergei Dvorzevoi, purs produits de l’école documentaire de l’Est.
 
   

ACTUALITES du Sunny Side


SUNNY SIDE OF THE DOC 20ème édition, les inscriptions sont ouvertes

Pour connaître les résultats du concours 20 ans de Sunny Side, cliquez ici


Les BIPS pour la première fois au Sunny Side

   
Pour la première fois Sunny Side organise des sessions de pitch thématiques. LES BIPS- Best Interna-
tional Projects Showcase. Sélection des Projets : Envoyez vos projets avant le 5 avril 2009 à
events@sunnysideofthedoc.com
Seulement 6 projets seront retenus pour chacune des thématiques (histoire, environnement, politique et
société, art et culture, sciences, cinéma). Pour être sélectionné, votre projet devra réunir au moins 20%
du total des financements. D’autre part, le projet devra être labellisé soit par une chaîne, soit par l‘un des
organismes suivants : IDF / DOK Leipzig / Discovery Campus / Sheffield Doc/Fest / Britdoc / Sundance Institute / Hot Docs/ Silverdocs / History Makers / EBU – UER / Le Festival de Nyon / Sunny Side of the Doc.
Les meilleurs BIPS seront primés !
Sunny Side attribuera 6 Prix, un pour chaque catégorie, d’un montant de 2.000 euros chacun. Ces prix iront aux Producteurs pour leur permettre de développer encore leurs projets.
http://www.sunnysideofthedoc.com