Questions à Elisabeth HAGSTEDT, responsable des Acquisitions, Coproductions & Programmation – Histoire

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Histoire, chaîne payante du groupe TF1 fête ses 20 ans à Sunny Side of the Doc et devient le sponsor officiel du focus « Historic » de cette 28e édition du marché international du documentaire, du 19 au 22 juin 2017 à La Rochelle. Déjeuner de networking pour échanger entre professionnels sur les projets de la chaîne, présentation d’une production inédite en réalité virtuelle, projection grand public du premier épisode de la saison 2 de « The Hallow Crown » au CGR Dragon le mardi 20 juin, autant de rendez-vous donnés pour marquer cet anniversaire. Histoire remettra également un prix consistant à pré-acheter un projet pitché à Sunny Side of the Doc.

 

Portrait Elisabeth Hagstedt 2017

Quel est le volume annuel d’heures de programmes documentaires diffusées sur la chaîne Histoire ? Comment a évolué la ligne éditoriale de la chaine sur ce genre spécifique en 20 ans ?

Elisabeth HAGSTEDT : Nous diffusons environ 300 heures de programmes frais par an, 900 heures au total avec les rediffusions. Présente depuis la création de la chaîne, je dirais qu’Histoire a conservé ses valeurs essentielles de crédibilité et de qualité, ainsi que sa ligne éditoriale : traiter toutes les périodes historiques avec un très large éventail de sujets (des anciennes civilisations à la géopolitiques en passant par les arts) et de formats (documentaires, films, magazines…).

Nous sommes conscients de l’importance d’un contenu de qualité, pertinent et affirmé mais diffusé de manières différentes. Nos maître-mots sont pluralité et originalité.

Évidemment le paysage audiovisuel et les attentes des téléspectateurs ont considérablement évolué en 20 ans. Face à une offre médiatique pléthorique, les téléspectateurs ont besoin d’identités plus clairement définies. Histoire est une chaîne pluriculturelle. Pour marquer notre différence et notre unicité, nous avons par exemple élargi le volume de contenu lié à la culture sous toutes ses formes (peinture, musique, théâtre, cinéma, etc.) devenant ainsi une chaîne plus patrimoniale qu’auparavant. En parallèle, depuis trois ou quatre ans, le nombre d’inédits a beaucoup augmenté, en acquisition comme en production ; grâce à la production de plus de versions françaises de titres internationaux, au développement d’une stratégie de préachat de documentaires étrangers et, pour le domaine français, à un investissement accru dans nos coproductions afin de devenir premier diffuseur. La première diffusion en France, en juin 2017, de la prestigieuse série anglaise “The Hollow Crown” est la continuation logique de cette stratégie dont nous sommes très fiers.

La chaine Histoire remettra le 22 juin prochain un prix de préachat pour un projet sélectionné au pitch Sunny Side of the Doc 2017.  Que faudra-t-il vous pitcher à la Rochelle ? 

Elisabeth HAGSTEDT : A travers ce prix, nous souhaitons promouvoir des projets proposant les qualités évoquées plus haut -  originalité, pertinence, intelligence… – et dont la mise en forme est conçue au service du contenu.

La qualité d’écriture est aussi primordiale dans l’attractivité d’un film et tient plus aux idées et à une conception judicieuse qu’aux effets déployés. Evidemment, l’organisation de la production devra être tout autant convaincante. Notre investissement étant relatif – 6 000 euros pour un 52’ et 9 000 euros pour un 90’ -, le producteur devra présenter un plan de financement réaliste et cohérent.

Quelle est votre politique en termes de préachats et de co-productions pour en informer la communauté de producteurs de documentaires historiques en amont du marché ?

Elisabeth HAGSTEDT : Nous avons différents niveaux d’investissement en préachat. Un documentaire que nous trouvons particulièrement intéressant ou utile dans une programmation thématique peut atteindre les niveaux susmentionnés pour une deuxième diffusion. Mais nous effectuons aussi de nombreux préachats internationaux à plus faible investissement (environ 30 à 35% au-dessus du tarif normal) qui nous donnent accès à des contenus attractifs (bien qu’avec un certain risque quant au résultat final) et permettent, bien évidemment, aux producteurs de boucler leur financement au stade de la production.

Cela s’avère particulièrement utile pour les séries car nous pouvons, même avec un investissement modéré, contribuer au lancement de la production. Les niveaux relativement bas de préachat s’expliquent par notre “stratégie d’inédit” et, par conséquent, l’investissement que nous devons injecter dans les coproductions. Nous concentrons nos moyens sur les projets qui nous attirent tout particulièrement, correspondent à nos priorités de programmation et offrent le budget qui nous permet d’être premier diffuseur en France avec une contribution de 20 à 25 000 euros / heure. Sur ces projets, nous jouons souvent un rôle actif dans la recherche d’autres partenaires comme des fournisseurs d’archives ou d’autres diffuseurs européens. Nous croyons fortement dans le futur développement de ces partenariats qui profitent à tous.

Il n’existe, cependant, aucune règle établie : certains cas exceptionnels peuvent engendrer un investissement plus important.

Quels types de documentaires recherchez-vous en termes d’acquisitions sur le marché international ? Commandez-vous des programmes originaux en dehors de la France ?

Elisabeth HAGSTEDT : Nous recherchons des projets avec un angle ou un traitement original, permettant de distinguer Histoire des autres chaînes documentaires, il est donc essentiel de rencontrer des producteurs et des distributeurs d’horizons divers.

Sunny Side est pour nous l’occasion de voir des partenaires potentiels en dehors de Paris, à savoir les nombreuses sociétés de production installées dans les autres régions de France, ainsi que les producteurs internationaux qui participent à ce marché. Ces rencontres nous ont permis d’avancer sur de nombreuses productions, françaises, européennes et même, dans un cas, asiatique.

Il n’y a aucune règle concernant le format ou le genre. Notre grille propose tous les sujets historiques classiques, de la préhistoire aux temps modernes (mais non contemporain). Nous avons aussi un volume important de culture et nous ne craignons pas le mélange des genres : politique et histoire de l’art, évolution sociétale et cinéma, littérature et guerre…

L’éventail des sujets susceptibles de nous intéresser est donc très large et je préfère définir notre recherche en termes de qualité : des projets intelligents, pertinents et bien documentés qui présentent quelque chose de nouveau, appuyés par une solide production (que le budget soit modeste ou important).

Aimé Césaire écrivait : « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ». Le challenge de l’innovation dans la narration des documentaires historiques n’est-il pas au cœur de l’enjeu d’attirer un public plus jeune vers ce genre ? Que met en œuvre la chaîne Histoire pour atteindre cet objectif ?

Elisabeth HAGSTEDT : Notre slogan “Haute transmission” sonne comme une adhésion et une réponse à la citation d’Aimé Césaire. Nous voulons transmettre la connaissance et la compréhension du passé à tous les publics, avec un haut niveau d’implication mais aussi déclencher “le plaisir du sens” (autant que “le plaisir des sens” !).

Le profil des jeunes téléspectateurs a beaucoup changé ces dernières années et les “capter” relève du vrai défi que nous abordons avec une offre adaptée et un vaste choix de formats de narration. Nous cherchons toujours de nouvelles manières de raconter une histoire comme, par exemple, nos récentes coproductions “Le Libraire” (Films de l’Aqueduc) de Catherine Bernstein et “Alexandre Marius Jacob” (Les Films Grain de Sable) d’Olivier Durie qui ont recours à des méthodes très originales pour renforcer leur narration. Etre surprenant et captivant tout en étant très documenté et pointu, c’est tout le défi que nous relevons !

Évidemment, l’innovation technologique est aussi un enjeu majeur pour attirer un public plus jeune. Les projets 360°, que nous allons présenter cette année au Sunny Side, font partie de cet effort : ce genre d’expérience, qui rencontre un grand succès, est une façon d’envisager « un avenir au passé », ce qui reste un des principaux objectifs de la chaîne.