Doc Air, premier distributeur asiatique spécialisé dans le documentaire

Rencontre avec Min-chul KIM, PDG et producteur DOC AIR, Corée du Sud

Min-Chul KIM, qui a produit des films tels que Planet of Sail et Wind on the Moon, a créé en Octobre 2014, une structure de distribution documentaire tournée vers l’international. Faites connaissance avec cet acteur clé du marché documentaire asiatique dont l’action vise à créer un nouveau « business model » pour les documentaires asiatiques sur le marché de la distribution globale.

 Aucun distributeur n’était jusque là spécialisé dans la représentation des documentaires asiatiques au niveau international. J’ai donc décidé de créer DOC AIR, et c’est la seule agence à vocation internationale qui représente le secteur documentaire asiatique (pour autant que je sache, mais je serai ravi que d’autres nous rejoignent).

Min-Chul KIM

Min-Chul KIM, CEO of DocAir (South Korea)

Question : Vous avez créé DOC AIR il y a un an, afin de passer de la production à la distribution.
Quelle est votre ligne éditoriale ? Votre stratégie ?

Min-chul KIM : Ces huit dernières années, j’ai produit divers longs métrages documentaires, dont quelques-uns ont rencontré un succès international, tels que Planet of Snail, Iron Crows et 9 Muses of Star Empire. En soutenant ces projets sur les marchés internationaux, en participant à des sessions de pitch et des festivals, ou auprès de diffuseurs, j’ai appris qu’il existe très peu de documentaires asiatiques destinés au marché international par rapport au nombre croissant de documentaires produits en Asie. Aucun agent n’était jusque là spécialisé dans la représentation des documentaires asiatiques au niveau international. J’ai donc décidé de créer une structure ad-hoc car je ne pouvais pas me reposer sur les autres pour régler mes problèmes. J’ai mis DOC AIR sur pied en octobre 2014, et c’est la seule agence à vocation internationale qui représente le secteur documentaire asiatique (pour autant que je sache, mais je serai ravi que d’autres nous rejoignent).

Notre cœur de métier est le documentaire asiatique, ce qui ne signifie pas pour autant que nous représentons uniquement des documentaires réalisés par des asiatiques. Ce qui nous intéresse, c’est d’avoir un point de vue asiatique. Mais il peut par exemple s’agir d’un documentaire réalisé par un Canadien qui connaît bien l’Indonésie (Jalanan), ou d’un documentaire sur les mineurs et les infirmières coréens envoyés en Allemagne dans les années 1960 (Mr. Kim and Sister Lotus). Comme nous maîtrisons à la fois le contexte asiatique et la sphère internationale, nous savons comment les rapprocher. De manière générale, nous apprécions les contenus cinématographiques de grande qualité.

Question : Quelles difficultés rencontrez-vous d’une année sur l’autre pour atteindre vos objectifs ?

Min-chul KIM : Le marché du documentaire asiatique s’est rapidement développé ces dernières années, mais nous avons le sentiment qu’il n’est pas encore assez mature pour garantir la viabilité d’une vitrine telle que la nôtre. Dans la pratique, les documentaires asiatiques exigent plus d’attention et d’implication de notre part en termes de packaging et de présentation. Il s’agit là davantage d’un problème de communication interculturelle que d’une simple translation.

Notre mission première est de dénicher des documentaires « asiatiques » ayant un potentiel universel. Mais nous devons faire en sorte qu’il développe ce potentiel également en matière de post-production et de packaging.

Question : Que comptez-vous mettre en œuvre pour surmonter ces obstacles et étendre vos activités de distribution au plan international ? DocAir_Sticker

Min-chul KIM : Nous sommes une jeune société et tout le monde ne nous connaît pas encore. Nous devons donc nous montrer créatifs pour faire parler de nous.
Nous sommes très attentifs à chaque aspect lié à notre marque : notre site internet, notre logo, notre lettre d’information et nos produits.

Nous insistons sur le fait que DOCAIR et une société de vente tournée vers les réalisateurs, et que nous sommes conscients de l’importance de la narration.
Lorsque nous sélectionnons un documentaire, nous avons une longue réunion en face à face ou sur Skype avec les réalisateurs, et nous essayons de comprendre comment ils souhaitent présenter leur histoire. Nous tenons compte de leur point de vue, car cela nous aide non seulement à comprendre leur film, mais aussi à mettre sur pied une tactique commerciale sur mesure. Par exemple, nous avons un entretien approfondi avec le réalisateur, puis nous publions ce dernier dans notre lettre d’information, ce qui nous permet d’atteindre plus de trois mille acteurs du secteur. Nous utilisons donc notre lettre d’information davantage comme un webzine que comme un catalogue en ligne.

Ce sont surtout les grands événements prestigieux de l’industrie documentaire qui nous ont permis de faire la promotion de DOCAIR. L’IDFA nous a invités à participer à trois événements l’année dernière, et cette année nous participerons à HOT DOCS, et à ASIAN SIDE OF THE DOC entre autres. Visiblement, nous commençons à être reconnus par le secteur comme une agence internationale jouissant d’un positionnement unique entre l’Orient et l’Occident. Nous serons de plus en plus présents sur les principaux marchés et festivals.

Question: Les acheteurs occidentaux sont-ils ouverts aux contenus documentaires asiatiques ?

Min-chul KIM : Ce n’est pas toujours évident de convaincre les acteurs d’acquérir nos programmes, mais je dois dire que l’intérêt des acheteurs occidentaux pour le documentaire asiatique augmente rapidement. Bien que le marché international soit aujourd’hui largement dominé par les contenus occidentaux, de plus en plus de documentaires asiatiques rencontrent leurs publics en Occident. C’est ce qu’illustre le nombre croissant de forums de pitch et de marchés asiatiques tels que Docs Port Incheon, Tokyo Docs ou CNEX Chinese Doc Forum, entre autres. Asian Side of the Doc a été le pionnier en Asie il y a seulement six ans : sa première édition s’est tenue en 2010. Je crois que ce n’est qu’une question de temps pour que le public occidental s’approprie les contenus asiatiques.

Question : Citez-nous un exemple de success story de documentaire asiatique ayant pris son « envol international »…

Min-chul KIM : Je crois que nous sommes un peu trop jeunes et ambitieux pour pouvoir d’ores et déjà parler de success story. Disons que nous testons les limites des documentaires que nous défendons, en matière de forme ou de canaux de distribution. Par exemple, nous sommes très fiers de représenter Factory Complex, premier film coréen à avoir remporté un Lion d’Argent à la Biennale de Venise en 2015. Il s’agit d’un documentaire hybride sur les ouvrières asiatiques tourné par un artiste devenu réalisateur pour l’occasion, IM Heung-soon. En raison de la nature artistique de ce film, sa distribution est très différente de celle des autres documentaires. Nous projetons le film dans des festivals, des cinémas, des musées d’art, des expositions et des universités, et nous avons hâte de savoir ce que cela va donner.

 

FACTORY COMPLEX International Trailer from Documentary Airways on Vimeo.


9 Muses of Star Empire 
jouit pour sa part d’une popularité croissante. Outre les nombreux festivals où il a été présenté dans le monde (il a notamment été projeté le mois dernier à DocPoint à Helsinki), le film rencontre un vif succès en ligne et est disponible sur la plupart des plateformes VOD, notamment iTunes, Amazon et Xbox. Netflix l’a récemment acheté pour le diffuser sur les territoires anglophones, et il continue de générer des revenus sur MUBI depuis son lancement il y a deux ans.

9 Muses of Star Empire Official Festival Trailer-HD from Documentary Airways on Vimeo.