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Le long métrage documentaire « Les pépites » sortira en salles le 5 octobre 2016 mais la société Bonne Pioche a fait l’honneur à Sunny Side de venir présenter ce film en avant-première dans le cadre de la programmation Grand Ecran, le 22 juin à 22h (CGR Dragon). Retour sur la genèse de ce film avec Xavier de Lauzanne, le réalisateur, et Yves Darondeau, producteur à Bonne Pioche.

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Question: Comment avez-vous pris connaissance de ce sujet et pourquoi s’en emparer ?

Xavier de Lauzanne: : J’ai rencontré Christian et Marie-France, les fondateurs de cette école, il y a 15 ans au Cambodge. A l’époque je travaillais sur des projets de formation hôtelière. Comme je m’intéressais à la vidéo, ils m’ont proposé de faire leur film de communication. Depuis, on est toujours restés en contact. Au fur et à mesure des années, en voyant leur projet devenir l’une des institutions les plus reconnues au Cambodge, j’ai eu envie de raconter cette histoire incroyable. Et surtout, j’avais envie de faire un film qui, sur un sujet aussi fort, ne défende aucune cause, aucune idéologie, aucune analyse, mais expose un enchaînement de faits, à partir de la rencontre d’un homme et d’une femme, jusqu’à la création d’une œuvre humaine éblouissante.

Yves Darondeau: C’est Patrice Leconte qui un jour, m’a expliqué qu’il était depuis plusieurs années parrain d’une école exceptionnelle au Cambodge. Cette école a été développée par un couple de français depuis un peu plus de 20 ans, afin de subvenir aux besoins de milliers d’enfants, contraints de fouiller dans la décharge à ciel ouvert de Phnom Penh pour survivre … Il me raconte alors la genèse de cette école et l’histoire incroyable de ce couple de français, Christian et Marie-France, qui en sont les initiateurs. À l’âge de la retraite, ils ont tout plaqué en France pour mettre en œuvre ce projet. Partis de rien en 1993, ils ont commencé par construire une petite paillote permettant d’offrir quelques repas aux enfants. Aujourd’hui, ils ont réussi à développer un véritable campus, ayant en quelques années permis de subvenir aux besoins de près de 10 000 enfants… Patrice me présente alors Xavier de Lauzanne qui avait déjà commencé à développer l’idée d’en faire un film avec sa société Aloest. Ils cherchaient alors un co-producteur pour en faire un film de cinéma.
Après avoir lu le projet de Xavier de Lauzanne retraçant cette odyssée incroyable, nous avons immédiatement été enthousiasmés par cette histoire, qui révèle une formidable aventure humaine. L’intention de réalisation était claire et ambitieuse, avec des images déjà tournées sur plus de vingt ans. Pour nous, c’était la promesse d’un beau film de cinéma qui repose sur des valeurs humanistes et universelles. Un film qui fait avancer le monde !

 Après avoir lu le projet de Xavier de Lauzanne retraçant cette odyssée incroyable, nous avons immédiatement été enthousiasmés par cette histoire, qui révèle une formidable aventure humaine.

Question: En tant que réalisateur, quelles sont les difficultés pour « monter » des projets tels que les vôtres (financiers, logistiques, autres) ?

Xavier de Lauzanne: Avec le documentaire, j’aime raconter des histoires, des expériences de vie, en fonction des gens que je croise, et de qui je suis. Et je crois que la principale difficulté est déjà de rencontrer des personnes au sein des diffuseurs et des commissions de financement avec lesquels partager des envies, sans être limité à l’écrit. Malgré un sujet fort, on peut avoir un dossier dont le langage ne correspond pas totalement aux attentes de ceux qui le lisent. Dans ce cas, la plupart du temps, le bébé est jeté avec l’eau du bain, sans qu’il y ait eu le moindre échange. Je peux comprendre qu’il en soit ainsi pour la fiction dont la base est le scénario, mais pour le documentaire de création, spécifiquement de société, qui est une ouverture sur le réel et qui se construit dans le dialogue, la progression, la remise en question et l’évolution permanente des gens que l’on filme, il n’est pas très sain d’encapuchonner ce réel dans une vision entièrement prédéfinie, suivant des codes que certains attendent. Concevoir l’image au service d’une idée, savoir capter et interpréter l’inattendu, être capable de se laisser emporter tout en maîtrisant son sujet, agir avec sa sensibilité, travailler les nuances des personnages… sont des notions qui ne se mesurent pas uniquement à la tournure d’une phrase. Nous devrions donc avoir la possibilité de défendre nos projets à l’oral devant les jurys. La rencontre avec le réalisateur, connaître son parcours, sa vision, sa cohérence, savoir ce qu’il a dans le ventre, prendre en compte ses émotions, devrait être tout aussi important que le dossier qu’il présente. Mais tant qu’on n’a pas un « nom », cette discussion semble souvent impossible et, la plupart du temps, je suis resté bloqué derrière des portes fermées. J’ai donc appris à me débrouiller par moi-même. J’ai monté une société de production avec un ami, Aloest productions, nous avons fait des films institutionnels ce qui nous a permis d’autofinancer la plupart de mes projets. Il y a des films sur lesquels j’étais entièrement seul sur le tournage, d’autres que j’ai monté seul et, pour sortir mon premier long-métrage documentaire au cinéma (D’une seule voix), nous avons créé une unité de distribution… Tout cela a été mon école mais cette indépendance à ses limites quand il s’agit d’ouvrir ses films à des horizons plus vastes. C’est la raison pour laquelle j’ai cherché à m’associer avec un autre producteur pour mon dernier film « Les Pépites ». Après beaucoup de démarches, j’ai eu la chance de rencontrer Yves Darondeau, de Bonne Pioche cinéma, qui a tout de suite été séduit par le projet. Cette collaboration est quelque chose de nouveau pour moi et elle s’est avéré d’une grande richesse, tant au niveau de l’échange durant la conception du film, de la notoriété pour le projet, que de la considération qu’il m’apporte sur mon travail.

La rencontre avec le réalisateur, connaître son parcours, sa vision, sa cohérence, savoir ce qu’il a dans le ventre, prendre en compte ses émotions, devrait être tout aussi important que le dossier qu’il présente.

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Question: En tant que producteur de documentaire, quels sont les facteurs qui vous donnent envie de vous engager dans la production d’une œuvre ?

Yves Darondeau : Même si chaque année quelques rares documentaires deviennent en France de beaux succès au cinéma, la grande majorité des documentaires qui sortent en salle ont du mal à atteindre le grand public. C’est également dû au manque de moyens investis à la production et/ou en marketing lors de la sortie. L’économie du documentaire est donc très fragile. Les principaux partenaires TV ou Cinéma placent rarement ce genre comme une priorité dans leurs investissements par rapport à la fiction. Produire un film est un combat en soit, mais produire un documentaire est au-delà du combat; c’est un véritable sacerdoce. Lorsque nous décidons de produire un documentaire pour le cinéma, il faut que le projet réunisse au moins deux qualités essentielles: un sujet de fond qui révèle une histoire forte et vecteur d’émotion (ce qui est la base d’un film pour le grand écran à mon sens) et un point de vue de réalisateur précis et ambitieux. Pour nous, il est aussi très important d’avoir une vision assez précise du public visé; notre ambition étant toujours (ou presque) de s’adresser à un public le plus large possible. Et bien entendu, la relation humaine avec le réalisateur est également primordiale : s’embarquer sur la production d’un film documentaire, c’est s’embarquer à deux pour une traversée de l’Atlantique à la rame !!! Il faudra savoir être solidaire en toutes circonstances…

Question:  « les pépites » est distribué par Rezo le 5 octobre prochain. Avez-vous pensé ce film pour la salle dès le départ ou bien est-ce venu naturellement au fur et à mesure de l’écriture?

Yves Darondeau : Il y a 10 ans déjà, Xavier de Lauzanne avait réalisé un 52 mn sur ce sujet, diffusé sur France 5. L’histoire était tellement forte, qu’elle se prêtait complètement au cinéma ; Xavier a donc eu l’ambition de la mettre en images avec une réalisation adaptée au Grand Écran.
« Les Pépites » a donc dès le départ été pensé pour le cinéma. L’émotion partagée en public, dans une salle, est toujours plus forte que seul devant sa télévision ; c’est ainsi que Xavier a pensé son film, pour le réaliser en ce sens.
Il a tourné durant de nombreuses semaines à Phnom Penh en utilisant des moyens techniques lui permettant de réaliser des séquences très cinématographiques. Ces séquences, montées avec toutes les images des enfants filmés préalablement durant 20 ans, mettent en lumière leur formidable parcours, et nous entraîne dans un véritable ascenseur émotionnel et optimiste sur leur avenir.

Xavier Delauzanne: Dans cette histoire, il y avait tous les ingrédients d’un film de cinéma. Une épopée, une esthétique, des personnages, du sens, des rebondissements, de l’intensité… mais surtout un très fort potentiel émotionnel. Le langage sensoriel a donc été un choix de départ. Concernant le tournage, j’ai aussi adopté des moyens « cinéma ». En face des images d’archives de qualité DV, j’ai choisis de tourner en 4k avec du matériel lourd (travelling, grue, steadycam, drone…), ce qui est relativement rare pour le documentaire de société. Ce dispositif avait pour but de mettre en perspective le passé par rapport au présent avec deux formats d’images opposés, le tout dans un format 2.35, propice aux « larges horizons ». Avec cette matière faite de contrastes, je voulais une mise en scène ambitieuse à la mesure de « l’œuvre » qui prend chair sous nos yeux. Avec la disponibilité des élèves, j’ai eu d’ailleurs accès, pour certaines scènes, à des milliers de figurants, ce qui était exceptionnel. En ce qui concerne la forme, j’aime qu’elle soit au service du spectateur et qu’elle n’empêche pas le film d’être accessible par sa prétention. Pour ce genre de projet où « l’humain » est au cœur du récit, la vérité, la sincérité, comptent énormément et participent du sentiment profond que les spectateurs éprouvent. Et au cinéma, ce qui compte, c’est l’émotion, à partir du moment où elle ne se transforme pas en prise d’otage, en « faire valoir », ou en naïveté. Dans une narration complexe, extrêmement riche de contenu, avec parfois des images et des témoignages durs, mon plus grand défi a donc été de donner l’illusion de la simplicité.

En face des images d’archives de qualité DV, j’ai choisis de tourner en 4k avec du matériel lourd (travelling, grue, steadycam, drone…), ce qui est relativement rare pour le documentaire de société. Ce dispositif avait pour but de mettre en perspective le passé par rapport au présent avec deux formats d’images opposés, le tout dans un format 2.35, propice aux « larges horizons ».

 

LESPEPITES-resizedQuestion: Votre film est présenté en avant-première à Grand Ecran dans le cadre de Sunny Side of the Doc ; que représente ce marché pour Bonne Pioche ?

Yves Darondeau: Nous sommes présents sur ce marché depuis de nombreuses années. Le plus gros volume de production documentaire de Bonne Pioche est destiné à la télévision, sachant que Bonne Pioche produit entre 30 et 40 heures de documentaires par an. Nous nous efforçons de développer des films destinés au marché international et pour cela, il faut rencontrer, échanger avec des producteurs et des diffuseurs étrangers pour cerner les attentes et les savoirs faires sur les différents territoires. Le Sunny Side s’est installé comme un rendez-vous incontournable du documentaire international. Cette année, avec la projection de « Les Pépites » en avant-première, ce sera également l’occasion de présenter aux diffuseurs étrangers et français ce film que nous avons l’ambition de faire voyager, et dont les ventes sont confiées à Lucky You.

 

Cette année, avec la projection de « Les Pépites » en avant-première, ce sera également l’occasion de présenter aux diffuseurs étrangers et français ce film que nous avons l’ambition de faire voyager, et dont les ventes sont confiées à Lucky You.

Question: Quelles tendances percevez-vous actuellement sur la coproduction documentaire ? Peut-on dire que certains territoires sont plus propices que d’autres ou bien tout est-il question de rencontres, de projets ?

Yves Darondeau: Jusqu’à présent, les différentes coproductions que nous avons mises en place avec des étrangers ont souvent été liées aux projets et aux rencontres, mais également au pays de tournage, ou à la nationalité du réalisateur. Nous avons donc à ce jour co-produit avec les États-Unis, le Brésil et le Canada, qui sont des pays ou nous avons tourné. Nous avons également co-produit avec l’Angleterre, un film réalisé et initié par un producteur anglais, mais dont le tournage s’est déroulé au Japon.

Le Canada et le Brésil ont été particulièrement intéressants pour la co-production au regard des mécanismes de financements mis en place sur ces territoires.

Nous avons également bénéficié d’une aide financière conséquente avec le Pérou, où nous avons tourné « Il était une Forêt » de Luc Jacquet. De même en ce qui concerne l’apport matériel et humain de Sourire Prod au Cambodge pour tourner « Les ¨Pépites » de Xavier de Lauzanne. Ces coproductions ont toujours été bénéfiques pour boucler les financements des films, mais chaque pays co-producteur préserve naturellement les droits d’exploitations sur son propre territoire. La difficulté de la coproduction réside toujours dans l’équilibre financier à trouver entre les obligations de dépenses sur le territoire, les équipes imposées, la cession des droits sur le territoire et l’apport net qu’il reste au final sur la production. La lourdeur administrative de la coproduction génère également parfois un surcoût de dépenses sur certains postes. Mais dans tous les cas, ces accords de coproduction nous ont permis de faire exister des films que nous n’aurions pu produire uniquement avec des financements français.

Question: Votre point de vue sur les nouvelles formes de diffusion (plateforme SVOD et autres) ?

Xavier de Lauzanne: Souvent, on me pose la question : « où peut-on voir des documentaires ? ». Ces nouvelles formes de diffusions sont évidemment bienvenues afin d’apporter un prolongement à la diffusion de nos films. C’est déjà un grand pas. Mais elles ne résolvent malheureusement pas la question du financement, ni de l’identification d’un film. Un film qui n’a pas eu de visibilité en TV, ou lors de sa sortie au cinéma, ne sortira probablement pas du lot sur ces nouvelles plateformes. Défendre le documentaire, les réalisateurs et leur diversité, doit correspondre à un choix contre vents et marées. Ce qu’il nous faut, ce sont des personnes qui se battent à nos côtés pour nous permettre de créer.

Ces nouvelles plateformes SVOD savent atteindre des cibles de public très précises, et vont permettre à ces films singuliers d’être plus largement diffusés. Elles peuvent offrir une exploitation internationale et donc intervenir sur le financement avec des offres importantes.

Yves Darondeau: Je pense que c’est une opportunité intéressante pour les films qui ont une écriture singulière ou qui abordent des sujets destinés à un public très ciblé. Les médias traditionnels tels que la télévision cherchent souvent à fédérer un public large, ce qui nous amène naturellement à proposer des films avec des sujets et des écritures plus consensuelles. Ces nouvelles plateformes SVOD savent atteindre des cibles de public très précises, et vont permettre à ces films singuliers d’être plus largement diffusés. Elles peuvent offrir une exploitation internationale et donc intervenir sur le financement avec des offres importantes. A mon sens, c’est totalement complémentaire des médias traditionnels, et cela représente un guichet de recettes supplémentaires. Cela peut-être vertueux pour la très grande diversité du genre documentaire et amènera d’ailleurs sans doute une évolution des formats.